Inventaire des machines constituant l’atelier de l’Enseigne absente
Presse à bras
Presse Stanhope, Gaveaux, 1828
En avril 2026, l’atelier s’est doté d’une presse à bras permettant d’imprimer des feuilles de grand format (raisin : 55 x 73 cm). Il s’agit d’une presse de type Stanhope, fabriquée en 1828 par le mécanicien parisien Pierre-Alexandre Gaveaux (1782-1844), qui fut l’un des premiers producteurs de presses typographiques en fonte en France.

Presses à platine
Kelsey, Excelsior Victor
La première (et longtemps seule) presse de l’atelier a été acquise en 2019 auprès d’un couple de retraités américains installés dans la Sarthe, du côté de Bouloire. Hasard ou providence, ce village est situé en plein dans la région d’origine de l’imprimeresse Charlotte Guillard (dont le frère Jean est précisément établi comme marchand à Bouloire). Il n’en fallait pas plus pour que cette petite presse trouve son nom : Charlotte. Il s’agit d’une petite presse platine de table de fabrication américaine, un modèle très courant de la firme Kelsey, le modèle Excelsior Victor. Ce type de « table top press » est typique des machines produites pour les amateurs outre Atlantique, et Kelsey est, de loin, le fabriquant qui a connu le plus grand succès dans ce domaine outre-Atlantique. Le numéro de série frappé sur le marbre du berceau (C687) doit être décodé ainsi :
C : format utile de la presse, en l’occurrence 6 x 10 pouces , soit environ 15 x 25 cm 68 : année de production 7 : mois de production
La Charlotte a donc été produite à Meriden (Connecticut) en juillet 1968. Cette petite presse n’a que deux défauts : d’une part, elle ne permet d’imprimer que des formats réduits ; d’autre part, la position du barreau à gauche oblige à manipuler les feuilles de la main droite, ce qui est incommode lorsque l’on a comme moi le malheur d’être gaucher. Il n’empêche : en dépit de son petit gabarit, il s’agit d’une machine remarquablement simple, fiable et efficace.

Prouty Job Press
Depuis mars 2024, l’atelier dispose d’une seconde presse, Chercelette, ainsi baptisée en hommage à Mathieu Chercelé, pionnier de la typographie en Touraine. Cette presse a été préservée, entretenue et transmise par le Musée de l’Imprimerie de Bordeaux, qui s’est vu contraint de se séparer de ses collections en 2023, et c’est par l’intermédiaire de l’association berruyère des Mille univers (Merci Frédéric) qu’elle est parvenue jusqu’à moi. La marque inscrite sur la pédale étant presque effacée, j’ai cherché sans succès à retrouver cette presse dans les catalogues de fabricants français de matériels d’imprimerie, mais c’est finalement Eric Nunès (Imprimerie nationale) qui en a identifié le modèle : il s’agit d’une Prouty Job Press, presse à pédale également d’origine américaine, conçue par George Prouty et produite à Boston entre 1879-1886. Son format utile est le même que celui de la Charlotte : 6 x 10 pouces. Cette presse n’avait, à l’évidence, pas tourné depuis quelques années et sa remise en service a nécessité un peu de travail. Il m’a en effet fallu un petit moment pour comprendre qu’elle avait été montée à l’envers (les deux axes principaux avaient été intervertis). Elle a donc été entièrement démontée, remontée et huilée. Elle est désormais pleinement opérationnelle.


Presses à épreuves
L’Amoureuse
Nous sommes heureux de compter parmi les rares détenteurs d’une presse à épreuve entièrement en aluminium, conçue par le graveur Nicolas Amoroso et baptisée l’Amoureuse, dont la production s’est limitée à une vingtaine d’exemplaires et dont la distribution a été assurée par les Mille Univers (Bourges).
Presse Nové-Boyer
L’atelier possède également une presse à épreuves sans plaque de fabriquant, mais probablement réalisée par la firme lyonnaise Nové-Boyer.
Autres
Culbuto, le massicot
Venu de Bourges, un colossal massicot en fonte a fait son apparition dans l’atelier en même temps que Chercelette. Il date probablement des années 1880. Il porte la plaque d’Engelvin, revendeur de matériels d’imprimerie établi à cette époque au 81 boulevard Voltaire, à Paris, mais j’ai croisé à deux reprises un massicot de ce modèle revêtu d’une plaque de la société « A. Bertrand et fils », « fabrique de presses en tous genres » installée au 8 rue de l’abbaye à Paris (voir par exemple ici). Comme la firme Bertrand revendait aussi des modèles d’occasion, je ne sais pas avec certitude quel en est le fabricant. Cette imposante (et pesante : 600 à 700kg) machine a été baptisée Culbuto, à la suite d’un fâcheux incident de transport, qui nous a valu quelques sueurs froides et quatre heures d’efforts avant déchargement…

Callote, la presse taille douce
Callote est une presse taille-douce d’un format moyen (dimensions du plateau: 33 x 106cm), mais d’un encombrement maximal, avec un spectaculaire volant en fonte de plus d’1m50 de diamètre. Comme Culbuto, elle a été fabriquée par les établissements Adolphe Bertrand dans les années 1880. Elle provient des vestiges d’une imprimerie mancelle et a été rapatriée à Bréhémont en novembre 2024.

