Disparition de Jean-François Gilmont

Jean-François Gilmont, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, est mort samedi 6 juin à l’âge de 86 ans. C’est l’un des plus illustres représentants de la science bibliographique francophone qui vient de disparaître.

Au cours d’une carrière longue et bien remplie, il aura constitué une œuvre scientifique impressionnante. La liste de ses publications ne recense pas moins de 27 monographies, 178 articles de recherche et une dizaine de directions d’ouvrages collectifs. Lecteur infatigable, il a publié quelque 1400 comptes-rendus dans des revues universitaires de premier plan. Sur tous ses thèmes de prédilection (Calvin, les martyrologes protestants, Guillaume Farel, Jean Crespin…), ses travaux se sont imposés comme des références incontournables. Outre d’importants ouvrages de synthèse et de vulgarisation, nous lui devons de précieux instruments de travail. La Bibliographie des éditions de Jean Crespin (1981), la Bibliotheca Calviniana (3 volumes, 1991-2000) ou encore l’inestimable base de données GLN15-16, qui décrit les ouvrages imprimés à Genève, Lausanne et Neuchâtel aux XVe et XVIe siècles, s’imposent comme des modèles de précision, servis par une parfaite intelligence des objets et une érudition sans faille.

Non sans malice, Jean-François Gilmont se présentait parfois comme un « membre de l’Internationale bibliographique » ! Cette boutade en dit long sur le caractère presque militant de l’approche scientifique qu’il a défendue : alors que la plupart de ses collègues francophones questionnaient l’histoire économique et sociale du livre dans le sillon des recherches initiées par Lucien Febvre et Henri-Jean Martin en privilégiant le travail sur archives, Jean-François Gilmont, lui, militait sans relache pour le développement d’une bibliographie matérielle d’inspiration anglo-saxonne. Il en fut l’un des plus actifs représentants dans le paysage francophone et le recueil de ses articles publiés en 2003 sous le titre Le livre et ses secrets, constitue encore aujourd’hui l’un des meilleurs guides d’initiation disponibles en français sur la question.

Jean-François Gilmont faisait preuve d’une grande bienveillance à l’égard des jeunes chercheurs et savait faire disparaître l’appréhension que sa présence intimidante pouvait inspirer par des traits d’humour discrets et malicieux, et par une grande gentillesse. Son recueil d’article, Le livre et ses secrets, s’ouvre sur une belle « Lettre à un bibliographe débutant », extrêmement inspirante pour les jeunes chercheurs (elle l’a été pour moi pendant mes années de master et de thèse). En ouverture de ce court texte, Jean-François Gilmont s’interrogeait sur les raisons qui peuvent pousser un jeune chercheur à s’orienter du côté de la bibliographie : « Peut-être est-ce l’espoir de réaliser une œuvre solide, qui supporte l’épreuve du temps mieux que bien des synthèses brillantes ? » Il ne croyait pas si bien dire : même si l’auteur n’est plus là, les travaux de Jean-François Gilmont nous tiendront compagnie encore longtemps.

Jean-François Gilmont, 1934-2020.